Le Puy, 30 mars 1874
Monsieur le Directeur,
J’hésitais cette fois à prendre la plume et à entretenir vos lecteurs de la dernière séance de notre cours public.
Après les excellentes pensées que cette soirée a inspirées à un de vos collaborateurs, après les bonnes paroles qui les expriment à la fois d’une manière si précise et si concise, il me semblait que je ne pourrais que redire ce que tous vos abonnés ont lu, il me semblait que je ne pourrais que répéter ce généreux appel à la diffusion de la science, ce bienveillant encouragement aux efforts de nos vulgarisateurs.
[…]
Le sujet traité par notre sympathique conférencier, dans la dernière séance de l’Hôtel-de-Ville, est un de ceux qui ont appelé, dans les derniers siècles surtout, l’attention de ces hommes de génie dont tout à l’heure je citais quelques noms.
Quel agent plus merveilleux, en effet, que ce messager rapide qui se nomme un rayon de soleil !
Quelle puissance et quel mystère !
Comment un mouvement vibratoire, parti d’un astre éloigné de nous de 30 millions de lieues, vient-il, avec une délicatesse infinie, animer la nature autour de nous ? Comment rend il sensibles les plus petits corps et leurs plus légers détails ? Comment pare-t-il de leurs couleurs, riantes ou sombres, douces ou éclatantes, les mille et mille objets qui se déroulent à nos yeux, les rochers et les eaux, les arbres et les fleurs, les plus microscopiques insectes et les ailes chamarrées de nos papillons ?
Par quelle merveilleuse puissance la lumière se propage-t-elle avec cette inconcevable vitesse de 77.000 lieues par seconde !
[…]
Et cependant le plus mince filet de lumière qui nous arrive de ces astres lointains, après ce parcours silencieux, après ce trajet immense dans les espaces célestes, le plus fugitif rayon qui vient frapper la terre obéit aux immuables lois. Et ces lois, nous en pénétrons les secrets mystères ; ces lois, la science les dévoile à nos yeux.
Nous apprenons à connaître la marche des rayons lumineux : marche rectiligne, tant que la lumière accomplit son trajet dans un milieu homogène ; marche déviée, brisée, réfractée, lorsque la lumière passe d’un milieu dans un autre de densité différente.
Dans la dernière séance, que je vais essayer de résumer ici, M. Reynaud nous expliqua le jeu des rayons dans les lentilles.
Lorsqu’un faisceau de rayon lumineux vient frapper un de ces verres à faces bombées, convexes, tous les rayons vont se réunir en un point derrière le verre. Ce point est le foyer de la lentille.
Je me rappelle qu’étant enfant je m’amusais quelquefois à produire sur ma main à l’aide d’une lentille de ce genre, une petite image du soleil.
Comme le soleil nous envoie dans ses bienfaisants rayons, non pas seulement de la lumière, mais encore de la chaleur, et comme cette chaleur obéit, dans sa marche à travers une lentille, aux mêmes lois que la lumière, il s’ensuit que la très brillante image du soleil ainsi produite sur ma main était en même temps très chaude et je me réjouissais fort de la légère brûlure que je ressentais sur le point frappé.
Mais si les faces de la lentille, au lieu d’être bombées, convexes, sont creuses, concaves, les rayons ne se rapprocheront pas, ne convergeront pas en sortant derrière ; au contraire, ils s’écarteront davantage ; ils divergeront.
Aussi donne-t-on aux verres convexes le nom de lentilles convergentes et aux verres concaves celui de lentilles divergentes.
Je ne puis suivre notre conférencier dans l’étude, féconde en aperçus ingénieux et en utiles renseignements, qu’il nous fit des diverses espèces de lentilles, de leurs applications dans l’art de l’opticien, depuis la forme si connue, si usuelle de nos lunettes ordinaires jusqu’aux instruments d’optique les plus complexes.
Je rappellerai cependant, le microscope, d’un si précieux secours pour les sciences naturelles.
Une lentille de très court foyer est placée très près d’un objet presque imperceptible. Au-dessus, à une convenable distance, est une autre lentille. Et celle-ci va grossir l’image déjà très amplifiée donnée par la première : c’est le microscope composé.
Quelles merveilles révélées par cet instrument ! Il serait difficile de peindre l’étonnement qui dut frapper ceux qui, pour la première fois, soumirent les corps à l’analyse microscopique.
[…]
Mais je dois me borner, monsieur le Directeur, et terminer cette lettre déjà longue en essayant de résumer l’intéressant exposé des phénomènes chimiques de la lumière et des procédés de la photographie, par lequel M. Reynaud termina la séance.
[…]
C’est en utilisant l’action de la lumière sur certains corps que le génie de l’homme créa la photographie.
Depuis la découverte de Porta, tous ceux qui avaient sous les yeux l’image admirable qui vient se peindre au foyer de la chambre noire, rêvaient de fixer ce fugitif reflet de la nature.
Grâce aux travaux de Niepce, de Daguerre, de Talbot, grâce aux recherches persévérantes de leurs émules, le rêve est aujourd’hui réalisé : l’homme a fait du soleil un artiste docile, de chacun de ses rayons un pinceau d’une délicatesse extrême.
Notre jeune conférencier nous rendit témoins, séance tenante, de la rapidité des opérations photographiques, et chacun put comprendre l’importance des merveilleux procédés de reproduction que cet art nouveau a mis entre nos mains.
[…]
Les sciences, à leur tour, trouvent dans la photographie un précieux auxiliaire.
L’astronomie, grâce à ses procédés délicats, obtient en quelques minutes l’image du soleil, de la lune, des planètes et jusque des étoiles et des comètes. Les sciences naturelles, la botanique, la zoologie, l’anatomie, la médecine elle -même tirent un admirable parti des méthodes si promptes dont la photographie dispose de nos jours.
Objets dessinés dans leur ensemble, détails invisibles amplifiés et fixés par le microscope solaire ; en un mot, tout ce que l’anatomie végétale ou animale offre d’intéressant ou d’instructif peut être reproduit par ces procédés.
Mais je m’arrête, monsieur le Directeur, et je termine d’un mot :
Toutes ces découvertes, tous ces progrès, toutes ces applications, œuvre d’un demi-siècle à peine, ne sont-elles pas un éclatant témoignage de ce que peuvent, par le travail et par la science, l’intelligence et le génie humains ?
Recevez, etc.
Un de vos abonnés
Nous rappelons à nos lecteurs que la prochaine séance du cours de sciences physiques aura lieu le vendredi 10 avril, à 7 heures du soir.
Le sujet traité sera :
L’ÉLECTRICITÉ ET SES APPLICATIONS.