Nous avons à plusieurs reprises parlé des appareils construits par M. Reynaud dans le but de perfectionner les méthodes de projections qui permettent d’obtenir par des procédés optiques l’illusion du mouvement et de la vie.
Les appareils qui produisent la synthèse des phases successives d’une action étaient tous jusqu’à présent (depuis le phénakistiscope de Plateau jusqu’au praxinoscope de M. Reynaud) limités par leur nature même à la reproduction d’une action très simple, chaque rotation de l’appareil ne pouvant évidemment que répéter l’effet produit par la rotation précédente.
Le Théâtre optique a pour but d’étendre l’illusion à la reproduction d’une suite considérable d’actions et de réaliser ainsi la reconstitution par synthèse optique d’une scène tout entière.
Pour cela, une bande de grande longueur portant un grand nombre de poses remplace la couronne de l’ancien appareil. Il fallait de plus présenter l’illusion scénique animée à toute une nombreuse assistance. Pour cela, il était nécessaire de lui donner de grandes dimensions, ce qui ne peut être obtenu que par projection sur un écran.
Mais, pour obtenir cette illusion dans de bonnes conditions pour les opérateurs, il faut que les poses se succèdent sur l’écran sans solution de continuité ; en d’autres termes, qu’il n’y ait sur l’écran aucune extinction ou éclipse entre deux poses successives.
Cette continuité de l’image, obtenue déjà par le praxinoscope à vision directe, inventé en 1877 par M. Reynaud, n’était réalisée jusqu’à présent par aucun appareil projetant.
Le Théâtre optique, par sa construction même, la réalise de façon que la succession des poses peut être à tout instant interrompue sans que l’image cesse d’être éclairée et visible sur l’écran. Cette propriété permet, dans la représentation de la scène animé, des repos et des répétitions qui augmentent en même temps et la vérité de l’effet et la durée de la scène représentée.
C’est ainsi que le Théâtre optique semble constituer dès à présent l’appareil type pour la synthèse des séries photographiques de poses successives, et c’est sans doute dans ce sens qu’il trouvera dans l’avenir son usage principal, lorsque les perfectionnements des appareils instantanés spéciaux et l’abaissement du prix de revient des pellicules photogéniques permettront d’obtenir facilement et assez économiquement des séries très nombreuses de ces poses.
Le Théatre optique - Gravure de Louis Poyet paru dans la Nature n°999 - page 128 Notre figure représente le dispositif du nouveau Théâtre optique de M. Reynaud ; la bande cristalloïde où sont peintes les images est représentée en A ; l’opérateur peut la faire tourner dans un sens ou dans l’autre, au moyen de deux manettes. Les images, reproduites par procédé spécial d’impressions en couleurs, passent devant la lanterne B ; elles sont projetées, par l’intermédiaire d’une lentille C, sur un miroir incliné M, qui les projettent sur l’écran transparent E. Une dernière lanterne de projection D fait apparaître sur l’écran le décor invariable au milieu duquel paraissent les personnages à poses changeantes peints sur la bande A.
M. Reynaud a composé des scènes très amusantes, notamment celle de la pantomime à trois personnages intitulée : Pauvre Pierrot ! On voit Arlequin, Colombine et Pierrot, qui se livrent à des scènes très animées et exécutent des mouvements rapides d’un effet charmant. Les personnages des projections ainsi obtenues sont tout à fait vivants. Ils nous semble y avoir des ressources nouvelles dans cet ingénieux dispositif du Théâtre optique.

En images :

La Nature n°999 – 23 juillet 1892 – Page 127La Nature n°999 – 23 juillet 1892 – Page 128

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