On connaît l’illusion produite par le disque tournant de M. Plateau (Phénakisticope). A travers des fentes étroites, sont aperçus successivement des dessins représentant les différentes positions d’une action quelconque. La persistance des impressions lumineuses sur la rétine, donne à l’œil la sensation d’une image continue qui semble animée des mouvements mêmes dont les différentes phases ont été figurées fidèlement.
Schéma du praxinoscope ‑ gravure dans La Nature n° 296 du 1er février 1879 Ce phénomène est certainement l’un des plus curieux de l’optique et excite toujours l’intérêt. Les ingénieux appareils qui, jusqu’à ce jour, ont permis de le produire, consistent tous dans l’emploi de fentes étroites qui, outre qu’elles réduisent dans un grande proportion, la lumière et, par suite, l’éclat et la netteté du dessin obligent à imprimer à l’instrument une grande vitesse de rotation, qui exagère outre mesure la rapidité des mouvements représentés, mais sans laquelle les intermittences de la vision ne pourraient se confondre en une sensation continue.
Nous présentons ici un appareil basé sur une disposition optique toute différente. Le Praxinoscope ‑ gravure dans La Nature n° 296 du 1er février 1879 Dans le praxinoscope[1] (nom donné par l’inventeur, M. Reynaud, à ce nouvel appareil) la substitution d’un dessin au dessin suivant, se fait sans interruption dans la vision, sans solution de continuité et, par suite, sans réduction sensible de la lumière, en un mot, l’œil voit continûment une image qui pourtant change devant lui incessamment.
Voici de quelle manière ce résultat est obtenu : après avoir cherché sans succès par des moyens mécaniques, à substituer l’un à l’autre les dessins successifs, sans interrompre la continuité de la vision, l’inventeur eut l’idée de produire cette substitution, non plus sur les dessins eux-mêmes, mais sur leur images virtuelles. C’est alors qu’il combina la disposition dont nous allons ici résumer la théorie. Soit une glace plane AB (fig. 1) placé à une certaine distance d’un dessin CD. L’image virtuelle sera vue en C’D’.
Autour du point 0, milieu de C’D’, comme centre, faisons tourner la glace et le dessin d’un même mouvement. Soient BE et DF leur nouvelle position; l’image sera en C”D”. Son axe 0 ne se sera pas déplacé.
Dans la position AB et CD primitivement occupée par la glace et par le dessin, plaçons une autre glace et un autre dessin. Imaginons l’œil placé en M. Un moitié du premier dessin sera vue en OD”. Une moitié du second dessin sera vue en OC’. Si nous continuons la rotation du système, nous aurons bientôt la glace n°2 en TT’ et le dessin n°2 en SS’. A ce moment l’image du dessin n°2 sera vue en entier en C”’D”’. Bientôt après la glace n°2 et son dessin seront en BE et DF; imaginons alors une autre glace et son dessin correspondant en AB et CD,la même succession de phénomènes se reproduira.
Il résulte de ce qui précède, qu’une série de dessins placés sur le périmètre d’un polygone régulier et tournant autour du centre même de ce polygone seront vus successivement à ce centre, si l’on a placé des glaces planes sur un polygone concentrique, dont l’apothème sera moitié moindre, et qui sera entraîné par le même mouvement.
Dans sa forme pratique, l’appareil de M. Reynaud consiste en une boîte polygonale ou plus simplement circulaire (fig. 2) (car le polygone des dessins peut être remplacé par un cercle sans que le principe ni l’effet soient changés) au centre de laquelle est placé un prisme d’un diamètre exactement moitié moindre, et dont les faces sont garnies de miroirs plans (glaces étamées ordinaires). Une bande de carton, portant une série de dessins d’un même sujet dans les différentes phases d’une action, est placée à l’intérieur du rebord circulaire de la boîte et de telle sorte que chaque pose corresponde à une face du prisme de glaces.
Une rotation modérée, imprimée à l’appareil qui est monté sur un pivot central, suffit à produire la substitution des images et l’illusion animée se produit au centre du prisme de glaces, avec un éclat, une netteté, une douceur de mouvement remarquables. Ainsi construit, le praxinoscope forme tout au moins un jouet d’optique récréatif et gracieux.
Le soir, une bougie placée sur un support ad hoc, au centre de l’appareil, suffit à l’éclairer très vivement, et permet à un grand nombre de personnes rassemblées en cercle autour de l’instrument, d’être en même temps, et sans la moindre gêne, témoins des effets qu’il produit.
Outre l’attrait qu’offrent les scènes animées du praxinoscope, cet appareil pourra, sans doute, recevoir d’utiles applications dans les études d’optique. Il permettra de substituer un objet, un dessin, une couleur, avec une rapidité instantanée, dans les recherches sur les images secondaires, subjectives, etc., sur le contraste des couleurs, sur la persistance des impressions, etc. Il permettra de faire ce que l’on pourrait appeler la synthèse des mouvements, en plaçant devant le prisme, une série de diagrammes obtenus d’après nature, par la photographie par exemple.
M. Reynaud a disposé déjà un appareil qui projette, dans les plus grandes dimensions, l’image animée du praxinoscope et qui se prête, par suite, à la démonstration de ses curieux effets, devant un nombreux auditoire.

En images :

La Nature n°296 – 1er février 1879 – Page 133La Nature n°296 – 1er février 1879 – Page 134

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Notes

[1] De πραξις, action et σκοπειν, montrer