Parmi les jouets qui attiraient la foule à la dernière Exposition universelle, nous avons remarqué celui que notre gravure reproduit, et qui joint au mérite d’être amusant celui d’être assez instructif : c’est le praxinoscope inventé par M. Reynaud en 1877. Son nom signifie qu’il montre une image animée.
De même que les jouets déjà connus, tels que le phénakistiscope, le zootrope et d’autres encore sans doute, il produit l’illusion du mouvement ; il donne le spectacle d’une scène de la vie, composée de plusieurs actes successifs, scène qui commence, se continue et se termine sous l’œil de l’observateur. Tantôt c’est une petite fille qui saute dans un cerceau, ou une nageuse qui exécute régulièrement tous les mouvements des bras et des jambes pour la natation ; tantôt ce sont des écoliers qui glissent sur la neige et sautent une borne à cheval fondu, ou des caniches qui se poursuivent et franchissent la baguette que leur présente un clown. Ici, un scieur de long fait monter et descendre son outil sur la pièce de bois placée sous ses pieds ; là, un jongleur lance et rattrape des lames de poignard qui voltigent autour de sa tête. On voit encore les bulles de savon que forme une jeune fille s’enfler, s’enlever et disparaître, ou un singe grimpé sur un pupitre imiter grotesquement les gestes de son maître sur un violon.
On peut multiplier et varier à l’infini toutes ces scènes, où des hommes, des femmes, des enfants, des animaux, semblent être en mouvement et accomplir des actes de la vie. L’inventeur songe même à représenter des opérations mécaniques exécutées dans des usines, et à fournir ainsi aux parents ou aux professeurs les éléments d’explications industrielles ou scientifiques.
Le Magasin Pittoresque - tome XLVII - Juillet 1879 - Gravure p. 228 Tout ce que montre cependant le praxinoscope est une pure illusion, produite à l’aide d’une série de dessins en mouvement qui représentent les phases successives d’une action exécutée par un être animé.
Voici les faits de physiologie et d’optique sur lesquels reposent tous les jouets de cette nature :
La rétine conserve pendant une petite fraction de seconde l’impression produite sur elle par une image qui vient de disparaître. Si une seconde image remplace rapidement la première, la rétine perçoit en même temps l’impression de celle-ci et l’impression persistante de la première. Si donc la première image représente le premier instant d’une action, par exemple, une jeune fille qui tient un cerceau sur sa tête pour le faire tourner et pour sauter par-dessus, et si la seconde représente un second instant de la même action, rapproché du premier, comme celui où le cerceau descendu par derrière arrive au bas de la jupe, alors l’œil perçoit ces deux positions en même temps, et, la rapidité avec laquelle la seconde image a remplacé la première ne permettant point d’apprécier la courte discontinuité qui a existé entre deux positions, l’œil croit que le cerceau a passé par les positions intermédiaires qui se trouvent entre les deux qui se sont superposées sur la rétine.
Le même effet se reproduit lorsque la troisième image, représentant le cerceau sous les pieds de la jeune sauteuse, remplace la seconde, et ainsi de suite ; de sorte que l’œil est frappé de toutes ces sensations successives, mais rapides, comme s’il percevait un mouvement sans discontinuité.
Le spectateur croit voir réellement la jeune fille faire tourner le cerceau autour de son corps et s’enlever de terre pour le laisser passer sous ses pieds.
L’illusion est complète.
Dans le phénakistiscope que nous connaissons, elle est produite d’une manière imparfaite par le passage très-rapide des fentes étroites d’un carton tournant qui sont séparées les unes des autres par un large intervalle. Les éclipses successives de l’objet soustrayant à l’œil une partie de la lumière qui éclaire les couleurs, celles-ci paraissent voilées. D’ailleurs, une personne seulement peut voir le phénomène en appliquant son œil près de la fente ; enfin, il faut faire tourner rapidement le carton et les images, à la vitesse de deux tours par seconde, pour obtenir des effets très-nets.
Dans le praxinoscope, on a modifié le jouet d’une manière très-heureuse. On maintient la vivacité des couleurs de l’image, et on rend le spectacle de la scène animée parfaitement visible pour toutes les personnes placées dans un appartement tout autour du jouet.
On a choisi un prisme à douze faces, sur chacune desquelles on applique un miroir ordinaire. Le centre de ce prisme est fixé au centre d’une sorte de bassin circulaire, comme on peut le voir dans la gravure. C’est sur la paroi verticale intérieure de ce bassin que l’on pose avec la plus grande facilité une bande de papier fort sur laquelle on a représenté une série d’images équidistantes et reproduisant, pour le cas de la sauteuse que nous avons déjà prise pour exemple, les attitudes successives qu’elle prend avec son cerceau depuis le commencement de l’action jusqu’à son complet achèvement. Les miroirs sont précisément au milieu de la distance qui sépare le centre commun du prisme et du bassin d’avec la circonférence où sont appliqués les cartons d’images. Il s’ensuit que la sauteuse, vue par réflexion sur chaque miroir, apparaît à tous les spectateurs placés autour du jouet comme occupant le centre de l’appareil, où, par conséquent, elle demeure stationnaire pendant la rotation que l’on imprime au jouet. Ce mouvement tournant produit l’effet voulu sans nécessiter une vitesse aussi grande que pour le phénakistiscope : il suffit d’un tour par deux secondes.
Chaque spectateur ne cesse de voir, stationnaire au même point central, l’image de la sauteuse bien éclairée avec ses vives couleurs ; il croit donc voir toujours la même personne ; et comme celle-ci est successivement recouverte par d’autres images semblables coloriées de la même façon, et qui ne diffèrent l’une de l’autre que par les diverses phases de l’action qui s’exécute, phases peu différentes pour deux images successives, le spectateur affirmerait que c’est la même personne fixée à la même place qui fait successivement les mouvements dont son œil est frappé. La rapidité avec laquelle se succèdent les phases de l’action ne permet pas à l’œil de saisir la discontinuité qui se trouve entre deux phases, et il perçoit la sensation d’un mouvement continu.
La lumière solaire diffuse est suffisante dans la journée. Pour le soir, on la remplace avantageusement par un petit bougeoir muni d’une bougie. La pince que l’on voit sur la gravure au bas de la bougie soutient une tige qui porte le cercle destiné à recevoir l’abat-jour. Une petite roue avec une manivelle est placée au pied de l’appareil, sous le bassin, pour permettre d’imprimer au bassin pivotant sur son centre un mouvement régulier de rotation.
Nous approuvons la tendance très-manifeste des fabricants de jouets à suivre la voie des jouets scientifiques, c’est-à-dire des jouets qui se rattachent à quelques-uns des principes des sciences ou à des opérations industrielles. Ils constituent pour les professeurs un excellent moyen d’entrer en matière dans les leçons de choses. L’enfant s’habitue aux phénomènes qu’on lui expliquera dans les cours.
Pour le praxinoscope, les jeunes gens qui s’exercent au dessin et au lavis pourront essayer de composer eux-même des suites d’images représentant des actions du genre de celles qu’ils ont sous les yeux. Ce sera pour eux un exercice très-instructif sous beaucoup de rapports.

En images :

Le Magasin Pittoresque - tome XLVII - Juillet 1879 - Page 228Le Magasin Pittoresque - tome XLVII - Juillet 1879 - Page 229

Retour à la page du Praxinoscope
Retour à la page Presse