Charles-Émile Reynaud naît le 8 décembre 1844 à Montreuil-sous-Bois, de Benoît-Claude-Brutus Reynaud, graveur de médailles et de Marie-Caroline Bellanger, institutrice.

Les parents du petit Émile se chargent de son éducation selon les préceptes de Jean-Jacques Rousseau, à qui il doit sans doute son prénom d'usage. Il apprend dans l’atelier de son père la mécanique de précision. Auprès de sa mère, aquarelliste et élève de Pierre-Joseph Redouté, il apprend les techniques du dessin et de la peinture qui lui serviront plus tard.

En 1858, il entre comme apprenti aux établissements Gaiffe à Paris, où il travaille à la réparation, au montage et à la mise au point d’instruments d’optique et de physique avant d'aller chez Artige et Cie, où il apprend le dessin industriel. Puis il travaille comme opérateur chez le portraitiste Adam-Salomon, où il fait de la retouche photographique, et s’installe ensuite comme photographe à Paris.

En 1864, il suit les cours publics de vulgarisation scientifique par projections lumineuses de l’Abbé Moigno, devient son assistant et apprend le métier d’enseignant-conférencier. À la même époque, il participe à l’illustration du Dictionnaire général des sciences théoriques et appliquées, paru en 1870, du professeur et naturaliste français Adolphe Focillon. C'est aussi sous sa direction qu'il réalise les photos stéréoscopiques des principales familles végétales.

Après le décès de son père en 1865, Émile Reynaud va vivre avec sa mère au Puy-en-Velay, berceau familial. Ils s’installent au 39 de la place du Breuil. Il complète sa formation et ses connaissances scientifiques grâce aux encouragements du Dr Claude Auguste Reynaud, cousin de son père[1], et aux nombreux ouvrages qu'il possède dans sa bibliothèque du Château du Villard.

Pendant la guerre de 1870, il assiste le Dr Reynaud en tant qu'infirmier et accueille les blessés, évacués des armées, touchés par la variole noire, à l'hôpital du Puy-en-Velay. Après cette pénible épreuve qui le marquera durablement, il se retire quelque temps au Château du Villard.

En 1873, l'Abbé Moigno fait appel à lui pour une série de conférences sur la photographie dans la salle du Progrès à Paris. C'est sans doute là qu'Émile Reynaud rencontrera Gaston Tissandier, qui écrira par la suite plusieurs articles sur les inventions d'Émile Reynaud dans la revue scientifique La Nature[2]. Les conférences du Progrès ne peuvent être maintenues et Émile Reynaud retourne au Puy-en-Velay. La ville décide de proposer des cours de vulgarisation scientifique avec projections lumineuses aux élèves des Écoles industrielles du Puy et à la population. Ces "cours par la vue" vont être orchestrés par Émile Reynaud qui présente sur grand écran de nombreuses expériences qui lui assurent un franc succès auprès du public.

C'est au Puy-en-Velay qu'en 1876, il met au point son premier jouet d'optique, le Praxinoscope. En décembre 1877, il regagne Paris pour s’installer au 58 de la rue Rodier, dans le 9ème arrondissement où il se consacre à l’assemblage et à la commercialisation de ses praxinoscopes.

Il épouse Marguerite Rémiatte le 21 octobre 1879 à Paris. Ils auront deux fils, Paul (1880) et André (1882).

Il continue de développer son Praxinoscope, qu'il décline en Praxinoscope-Théâtre (ajout d'un décor) et Praxinoscope à projection (projection sur un écran). Mais ces machines ne reproduisent encore qu'un mouvement cyclique, limité à 12 images, alors qu'Émile souhaite raconter une histoire, projetée sur un écran, devant un public nombreux.

En 1888, Émile Reynaud met au point son Théâtre optique avec lequel il propose au public du musée Grévin de véritables petits dessins animés, alors appelés Pantomimes lumineuses, dès le 28 octobre 1892. Jusqu’en mars 1900, plus de 500 000 personnes assistent à ces projections. Le dessin animé était né. Il ne deviendra cinématographique qu’avec Émile Cohl en 1908.

Après l’arrivée du Cinématographe des frères Lumière en 1895, la fin des projections au musée Grévin et le déclin de son entreprise de fabrication de praxinoscopes, Émile Reynaud se lance dans la conception de sa dernière invention, le Stéréo-Cinéma (1907) mais sans parvenir à son objectif : la projection animée en relief. Il est alors contraint de renoncer à ses travaux, revend une partie de son matériel et détruit son Théâtre optique, avant de jeter dans la Seine une grande partie de ses pantomimes. Seules échappent à la noyade Pauvre Pierrot et Autour d’une cabine.

Victime d’une congestion pulmonaire, il entre à l’hospice des incurables d’Ivry-sur-Seine le 29 mars 1917. Il y reste jusqu’à son décès le 9 janvier 1918.


Sources

Voir Bibliographies


Notes

[1] Voir la Généalogie

[2] Voir les articles de la Nature